RAMOND Charles, Théorie des préférences morales et politiques, 1 : Spinoza

Semestre 2
Jeudi 15h-18h
Master ouvert Licence
 
RAMOND Charles
Théorie des préférences morales et politiques, 1 : Spinoza
 
Spinoza, dans le dernier chapitre du Traité Politique, qualifie la démocratie de « régime absolu » <imperium absolutum>, déclaration sans équivalent en son temps, et qui devait s’avérer de haute portée prophétique. Cette conception de la démocratie explique que Spinoza affirme l’antériorité du politique sur le moral ou le théologique : « De même que le péché et l’obéissance <peccatum et obsequium> pris au sens strict, la justice et l’injustice ne peuvent être conçues en dehors d’un État. » (Traité Politique 2/23). Après avoir proposé, dans le Traité Théologico-Politique, de séparer la politique de la théologie, Spinoza commençait à proposer, dans le Traité Politique (resté inachevé), la séparation de la politique et de la morale. Plus radicalement encore, Spinoza n’hésitait pas à replier le droit sur la puissance, et la puissance sur le nombre : « On doit estimer [...] la puissance d’un État, et conséquemment son droit, d’après le nombre des citoyens. », déclarait-il en effet dans le Traité Politique (7/18), c’est-à-dire de façon entièrement immanente, indifférente à toute question de « bien », de « mal » ou de « meilleur régime ». Cette indifférence aux contenus, c’est-à-dire à la justification, aux fins ou aux valeurs de l’action politique, consonne avec la déclaration fameuse entre toutes du Traité Politique (1/4), véritable manifeste ou testament philosophique (« j’ai tâché de ne pas rire des actions des hommes, de ne pas les déplorer, encore moins de les maudire – mais seulement de les comprendre ») par lequel Spinoza récusait tout étonnement, moquerie ou détestation, et par conséquent toute dévalorisation ou délégitimation a priori d’une action humaine quelle qu’elle soit. De ce point de vue la majorité dégageait seule les opinions qui feraient loi, et auxquelles le citoyen devrait obéir sous peine de devenir l’ennemi de son pays, sans que cette « sélection politique » démocratique ne confère aux lois votées aucune espèce de supériorité morale ou de justice sur celles qui ne l’auraient pas été. Le Séminaire consistera en une présentation générale de la philosophie immanentiste de Spinoza, jusqu’à sa philosophie politique culminant en une théorie de la démocratie entendue comme décompte des préférences. Il sera l’occasion d’une défense des « préférences » démocratiques, par opposition aux « justifications » républicaines ou morales le plus souvent présentes dans la philosophie politique moderne et contemporaine.
 

Indications bibliographiques :

  • Spinoza, Éthique, traduction de Bernard Pautrat, Paris : Seuil ; on confrontera cette traduction avec la traduction toute récente de Pierre-François Moreau aux PUF (2020).
  • Spinoza, Traité Théologico-Politique, traduction Charles Appuhn, Paris : GF (édition ancienne et accessible ; édition/traduction de référence : Jacqueline Lagrée et Pierre-François Moreau, PUF).
  • Spinoza, Traité Politique, édition/traduction de C. Ramond (Paris : PUF, 2005).
  • C. Ramond, Dictionnaire Spinoza, Paris : Ellipses, 2007.
L’évaluation (Session 1) résultera de la moyenne entre un « Contrôle Continu » comprenant des devoirs écrits et/ou des exposés oraux, et un « Examen » consistant en questions et/ou commentaire de texte en temps limité. La participation et la présence au Séminaire seront prises en compte. L’évaluation de Session 2 consistera en un devoir en temps limité.