FADABINI Sara, Pourquoi parle-t-on ? Trois théories du langage inspirées par Marcel Proust

Semestre 2
Vendredi 9h-12h
Licence ouvert Master
 
FADABINI Sara
Pourquoi parle-t-on ?
Trois théories du langage inspirées par Marcel Proust
 
Il arrive souvent que l’écriture littéraire produise des phénomènes d’anticipation théorique. C’est le cas de l’écriture de Proust pour ce qui concerne l’expérience de la parole. Bien avant Beckett, Lacan, Blanchot et Rancière, l’auteur d’À la recherche du temps perdu a mis en scène des échanges paradoxaux, placés sous le signe de l’incommunicabilité. Dans les salons des Verdurin comme des Guermantes, la machine du langage tourne sans interruption, à vide. Ce cours se propose d’ouvrir trois pistes de réflexion – existentielle, psychologique et pragmatique – susceptibles de nous familiariser avec le paradoxe d’une parole vide vouée à se prolonger ad libitum. La première piste nous mènera à repérer, dans la Recherche, les signes avant-coureurs du théâtre de l’absurde ; la seconde, à explorer le rapport entre la parole des personnages proustiens et l’angoisse en psychanalyse ; la troisième, enfin, en dialogue avec la philosophie pragmatique, visera à montrer comment les énoncés de ces derniers sont pourvus d’une puissance performative qui multiplie leurs persona en même temps qu’elle aiguise leur sentiment d’être étrangers à eux-mêmes ainsi qu’aux autres. Les dernières séances du cours seront consacrées à des questions de méthode. Plus précisément, nous interrogerons le rapport philosophie-littérature vu à travers le prisme de la Recherche, en posant l’accent sur la manière dont ce roman polyphonique rend sensibles les paradoxes de l’oralité sans prétendre les expliquer pour nous.
 

Indications bibliographiques :

  • M. Proust, À la recherche du temps perdu, Gallimard, « Quarto », Paris, 1999 (extraits) ;
  • J. Rancière, La Parole muette. Essais sur les contradictions de la littérature, Hachette Littératures, « Pluriel Référence », Paris : 2005 (extraits) ; 
  • J. Lacan, Fonctions et champs de la parole et du langagehttp://aejcpp.free.fr/lacan/1953-09-26b.htm ;
  • G. Deleuze, Proust et les signes, PUF, « Quadrige », Paris, 1970 ;
  • G. Deleuze & F. Guattari, Mille plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2, Minuit, « Critique », Paris : 1980 (chapitre 4, « 20 novembre 1923 – Postulats de la linguistique ») ;
  • P. Macherey, Proust entre littérature et philosophie, Amsterdam, Paris, 2013 (extraits).