BARRA-JOVER Mario, Problèmes de Philosophie Analytique. La possibilité d’une philosophie du processus

Semestre 1
Mardi 12h-15h (salle SdL)
Master ouvert Licence
 
BARRA-JOVER Mario
Problèmes de Philosophie Analytique
La possibilité d’une philosophie du processus
 
Nous pouvons envisager nos perceptions immédiates, dans le présent instantané, comme quelque chose dont la composition complète est insaisissable et impossible à représenter, dans la mesure où une telle perception ne saura jamais se répéter telle quelle. Permettons-nous de dire que l’on percevrait dans ce cas un « événement » unique (nous pourrions l’appeler une « occurrence ») et qu’à ce niveau le plus atomique de notre perception le monde ne serait qu’un cumul d’événements évanescents, sans discontinuité et d’une richesse illimitée. Tel serait le niveau de la multiplicité, du pur processus, peut-être impossible à cerner avec notre langage, bien qu’on puisse évoquer son existence (comme le font Proust ou Borges). Notre perception consciente semble ne pas avoir un accès direct à ce niveau puisque ces occurrences uniques sont inévitablement mises en rapport les unes avec les autres de façon à organiser le monde, avec le support du langage, en entités plus ou moins stables dans le passé et dans le futur. Ce sont ces entités qui « portent » les propriétés de tout ce qui arrive. Sans elles la multiplicité des perceptions instantanées semble se résister à être saisie, même en termes métaphysiques. Il n’y en a pas d’exemple plus clair que ce que nous appelons « matière », entité apparemment incontournable comme support des propriétés attribuées par les descriptions philosophiques et scientifiques du monde et dont le traitement en tant qu’entité (abstraite) a été mis pour la première fois en question par Berkeley.
La question centrale de ce séminaire sera la suivante : est-il possible de formuler une description du monde en tant que pur processus, comme celle déjà entrevue par Héraclite ou, en termes plus modernes, comme celle proposée par Whitehead – et dans une certaine mesure par Bergson –, qui soit autre chose que la simple énonciation de sa possibilité ? Autrement dit, jusqu’où notre langage nous permet-il de décrire le monde comme un processus sans entités stables ?
Notre approche ne sera pas donc ontologique (« comment le monde est-il fait ») mais analytique (« comment pouvons-nous parler du monde de façon à produire des propositions vraies ou fausses ») et touchera aussi bien au langage ordinaire qu’aux représentations artistiques et scientifiques. Notre point de départ sera l’examen du cadre langagier fondé par les philosophes présocratiques et dont la pensée occidentale semble être la « prisonnière » qui se rebelle de temps en temps.
 

Indications bibliographiques :

  • Bergson, Henri. Matière et mémoire [1896]. Paris. Flammarion, 2012.
  • Graham, D. W. (éd.). The Texts of Early Greek Philosophy. Cambridge University Press, 2010
  • Millikan, Ruth G., Beyond Concepts. Unicepts, Language, and Natural Information. Oxford. Oxford University Press P. 2017.
  • Proust, Marcel. A la recherche du temps perdu. Paris, Gallimard, 1988.
  • Seibt, Johanna. « Process Philosophy ». Standford Encyclopedia of Phylosophy, 2020.
  • Whitehead, A. N. The Concept of Nature. Cambridge University Press, 1920.
  • Whitehead, A. N. Process and Reality : An Essay in Cosmology [1929], New York : Macmillan, 1978.