MARY-ROULIER Zoé. La pensée réactionnaire


Semestre 2
Mardi, Mercredi ou Jeudi 15h-18h
Licence ouvert Master
 
MARY-ROULIER Zoé
La pensée réactionnaire
 
Qu’est-ce qu’une pensée qui veut revenir en arrière ? Ce cours propose d’explorer les formes intellectuelles qui, depuis plus de deux siècles, se construisent dans un rapport critique — partiel ou radical — à la modernité politique. De la contre-révolution (Burke) aux philosophies du déclin (Spengler) des théories autoritaires de la souveraineté (Schmitt) aux formes contemporaines de critique du progrès et de la démocratie (ce qu’on appelle aujourd’hui les “Lumières obscures”), la pensée réactionnaire ne se présente ni comme un programme cohérent, ni comme une école unifiée. Elle constitue plutôt une nébuleuse d’auteurs et de doctrines qui partagent l’idée d’un désordre moderne, auquel il conviendrait d’opposer un ordre antérieur — restauré, réinventé, ou rêvé.
Quels sont les fondements philosophiques de cette volonté de retour ? Est-il possible de penser contre son temps sans se réduire à l’invective ou au mythe ? Où situer les frontières entre tradition, conservatisme, réaction, autoritarisme et fascisme ? Le cours s’efforcera d’éclairer ces distinctions conceptuelles tout en analysant les tensions internes de ces courants, et en dépliant ses paradoxes : celui une pensée qui se dit antimoderne mais mobilise les outils de la rationalité critique ; d’un rejet du libéralisme qui peut paradoxalement conduire à l’ultralibéralisme (Hayek, Land) ; d’une critique de la démocratie menée au nom de la liberté, de l’ordre ou de l’excellence. En creux, cette enquête sur la pensée réactionnaire devient aussi une mise à l’épreuve critique de la modernité et de ses fondements.
Organisé autour d’une série d’extraits distribués aux étudiant·e·s en début d’année, ce cours est pensé comme un exercice suivi de lecture critique et de commentaire de texte philosophique. Chaque séance s’organise à partir d’un texte, accompagné d’un travail d’explication, d’analyse conceptuelle et d’écriture critique. Le cours est accessible à toutes et tous de la L1 au M2. Aucune connaissance préalable n’est requise.
 
Bibliographie indicative :
Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution de France, Flammarion, 2000 (1790).
Joseph de Maistre, Considérations sur la France, Gallimard, 1991 (1796).
Carl Schmitt, La notion de politique, Plon, 2002 (1927).
Carl Schmitt, Le Nomos de la Terre, Éditions du Cerf, 1995 (1942).
Oswald Spengler, Le Déclin de l’Occident, Albin Michel, 2001 (1918-1922).
Julius Evola, Révolte contre le monde moderne, Éditions de l’Âge d’Homme, 1983 (1934).
Friedrich Hayek, La route de la servitude, Éditions de la Table Ronde, 2007 (1944).
Karl Mannheim, Idéologie et utopie, Payot, 1963 (1929).
Karl Mannheim, La pensée conservatrice, Librairie Droz, 2000 (1953).
Nick Land, Fanged Noumena : Collected Writings 1987-2007, Dystopia, 2016 (2011).
Nick Land, The Dark Enlightenment, 2012, disponible en ligne : https://www.thedarkenlightenment.com.
Curtis Yarvin (Mencius Moldbug), Unqualified Reservations, disponible en ligne : http://unqualifiedreservations.blogspot.com.