FALQUET Jules. De Gramsci à Wittig en période trumpiste. Comment imaginer une/des sciences des opprimé·e·s à l’heure de la guerre contre « la cathédrale » ?


Semestre 2
Mardi 9h-12h
Master ouvert Licence
 
FALQUET Jules
De Gramsci à Wittig en période trumpiste
Comment imaginer une/des sciences des opprimé·e·s à l’heure de la guerre contre « la cathédrale » ?
 
Ce séminaire (qui peut avantageusement constituer une suite au séminaire du premier semestre sur le « point de vue situé ») s’interrogera sur ce que signifie produire, aujourd’hui, des savoirs, des analyses, des discours « alternatifs », non pas au sens trumpiste de la post-vérité, mais bien au sens contre-hégémonique de Gramsci ou au sens d’une totale ré-invention conceptuelle de Wittig. On reviendra d’abord sur les bases de l’analyse gramscienne, en la replaçant dans son contexte historique, afin de comprendre les logiques gramsciennes de l’hégémonie et de la construction d’une contre-hégémonie. On se penchera ensuite sur le travail de Wittig, afin de comprendre son projet d’une science des opprimé·e·s, également replacée dans le contexte de la profonde remise en cause par un fort mouvement féministe des sciences et des savoirs patriarcaux.
Dans un deuxième temps, on examinera d’autres propositions qui se sont développées pour tenter de « reconstruire » des savoirs à partir de l’expérience de différentes logiques d’oppression, de Mathieu à Hill Collins en passant par Harding, Haraway ou encore Lugones. Certes, il n’est pas question de dire que la pensée serait mécaniquement déterminée par les appartenances sociales des personnes, mais de mesurer l’importance du caractère situé du point de vue. On abordera à cette occasion des notions et des concepts comme ceux d’entitlement ou d’incompétence présumée, d’épistémologie féministe Noire et d’objectivité forte, de privilège épistémique, d’injustice épistémique et d’épistémicide.
Tout au long de notre réflexion, on abordera également l’organisation concrète de la recherche et des sciences humaines et sociales dans la France contemporaine, ses transformations néolibérales depuis plus de vingt ans, et maintenant les brutales attaques contre ce que l’alt-right trumpiste nomme « la Cathédrale », et à plus bas bruit, les différentes formes d’empêchement de la recherche et de la pensée mises en place par des régimes conservateurs ou tout simplement, par l’inertie de disciplines dominées par des hommes blancs occidentaux de classe moyenne-supérieure.
 
Eléments de bibliographie générale :
Cusicanqui, Silvia Rivera, 2007. « Décoloniser la sociologie et la société », Journal des anthropologues, 110-111.
Haraway, Donna 1988. "Situated Knowledges : The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective", Feminist Studies, 14 : 575-599.
Harding, Sandra, 1993. "Rethinking Standpoint Epistemology : What is Strong Objectivity ?" in Alcoff, Linda ; Potter, Elizabeth, Feminist Epistemologies, New York : Routledge, pp 49-82.
Harding, Sandra, 1991. Whose Science ? Whose Knowledge ? Thinking from Women’s Lives, Ithaca, Cornell University Press.
Hill Collins, Patricia, 1990. « La construction sociale de la pensée féministe noire », in Dorlin, Elsa ; Rouch, Hélène, Black Feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, Paris : L’Harmattan.
Lugones, María, 2011 [1990]. « Attitude joueuse, voyage d’un « monde » à d’autres et perception aimante », Les cahiers du CEDREF, n° 18, pp. 117-139.
Mills, Charles W., 2007. "White Ignorance", Race and Epistemologies of Ignorance, S. Sullivan et N. Tuana (éds.), Albany : State University of New York Press, pp. 11-38.
Piotte, Jean-Marc, 2010 [1970]. La pensée politique de Gramsci, Montréal : Lux Humanités, 281 p.
Wittig, Monique, 2007. La pensée straight, Paris : Amsterdam.