Motion du département de philosophie. 2 nov. 2026


Réunie en assemblée générale le lundi 2 novembre, une cinquantaine d’étudiant·es, d’enseignant·es et de personnels non-enseignants du département de Philosophie de l’Université Paris 8 ont discuté de la situation politique nationale, des perspectives de la mobilisation lycéenne, étudiante et sociale, ainsi que du rôle que le département peut prendre dans son développement.

Dans un contexte de crise politique et de durcissement répressif et sécuritaire, marqué par les entraves au droit de manifester, la multiplication des contrôles, les violences policières et les restrictions imposées aux déplacements des manifestant·es, l’Assemblée souligne la nécessité de construire un mouvement capable de faire face à cette politique de répression et d’isolement. Alors que le gouvernement cherche à imposer les conditions et les limites de la contestation, les mobilisations récentes montrent l’importance de l’initiative par en bas et de l’auto-organisation pour maintenir et élargir le mouvement. Il s’agit désormais de renforcer ces dynamiques en dépassant l’isolement des établissements et des secteurs, en construisant des liens durables entre lycéen·nes, étudiant·es, personnels de l’éducation, salarié·es et travailleur.euse.s ubérisé.e.s, en faisant converger les mobilisations autour de revendications et d’objectifs communs, indépendamment des négociations engagées avec le gouvernement et des stratégies des directions syndicales.
Dans ce cadre, l’Assemblée considère que le mouvement ne peut se limiter à réagir aux annonces gouvernementales : il doit formuler ses propres exigences et construire une plateforme revendicative à partir des besoins et des aspirations des étudiant·es et des personnels. Elle décide en conséquence de réactualiser la motion du département afin d’y intégrer les revendications et les perspectives politiques débattues au cours de l’assemblée générale.

L’ensemble des participant·es à cette AG déclare :
– Défendre le droit de manifester et dénoncer le tournant répressif et sécuritaire. L’Assemblée condamne les entraves au droit de manifester, les contrôles massifs et les violences policières exercées contre les manifestant·es. Elle exige la fin de la répression du mouvement social, la libération des personnes détenues dans le cadre des mobilisations et l’abandon des poursuites engagées contre elles. Elle dénonce la responsabilité du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez dans la politique de maintien de l’ordre mise en œuvre contre les mobilisations. Dans ce contexte, elle apporte son plein soutien à la manifestation du 3 novembre organisée par la Coordination régionale étudiante (CRE), du Panthéon au site MEDEF, appelée à inscrire la mobilisation dans une critique des politiques patronales et gouvernementales et à poser la question du partage des richesses. Alors que cette manifestation est menacée d’interdiction, l’Assemblée dénonce toute tentative d’entraver une nouvelle fois le droit de manifester et appelle à soutenir cette initiative dont le départ commun aura lieu à 12h30 à Paris 8.
– Affirmer la nécessité de l’auto-organisation et de l’indépendance du mouvement. L’Assemblée soutient les initiatives de la Coordination régionale étudiante (CRE) et appelle les étudiant·es du département à y prendre part. Elle défend la construction d’assemblées générales souveraines, de cadres de coordination et d’initiatives décidées collectivement par les étudiant·es et les personnels mobilisé·es. Elle affirme que le mouvement doit construire sa propre dynamique, définir lui-même ses revendications, et son calendrier, indépendamment des négociations engagées avec le gouvernement. L’expérience des mobilisations passées montre que les perspectives du mouvement ne peuvent être subordonnées aux discussions institutionnelles ni aux stratégies des directions syndicales : c’est par l’extension de la grève, la mobilisation à la base et la coordination démocratique des secteurs en lutte que pourra se construire un rapport de force à même d’imposer nos revendications.
– Construire des assemblées inter-professionnelles. L’Assemblée appelle à renforcer les liens entre les étudiant·es, les lycéen·nes, les personnels de l’éducation et tou·tes les travailleur·euses, dans le cadre d’assemblées interprofessionnelles, dont la prochaine se tiendra à la Bourse du Travail de Saint-Denis le mardi 3 novembre à 17h30. Elle appelle également à participer à toutes les initiatives interprofessionnelles, notamment au tractage à Gare du Nord à 8h30.
– Appeler à la grève le 5 novembre et construire un pôle commun de mobilisation. Le département appelle à la grève le 5 novembre et propose de prendre part à la constitution d’un pôle commun d’auto-organisation, qu’il s’amorce à l’échelle de l’UFR, de l’Université Paris 8 ou de Saint-Denis, réunissant les lycéen·nes, les étudiant·es et les travailleur·ses mobilisé·es. Ce cadre devra permettre de coordonner les initiatives, de construire des actions communes et de renforcer l’indépendance de la mobilisation à l’égard du gouvernement et des directions syndicales. Il s’engage à réfléchir à des formes de continuité pédagogique adaptées à la situation de grève, qui ne se réduisent pas au recours à l’enseignement à distance et préservent l’université comme espace collectif de discussion et de formation.
– Développer l’université populaire et les espaces de formation politique. L’Assemblée soutient le développement d’une université populaire ouverte aux étudiant·es, aux lycéen·nes, aux personnels et à l’ensemble des personnes mobilisées. Elle entend faire de ces espaces des lieux de discussion, de transmission des savoirs et d’élaboration collective, articulés aux mobilisations en cours. Elle appelle à poursuivre les séminaires de grève et à organiser leur programmation de manière collective et accessible.
– Faire du département de Philosophie un point d’appui de la mobilisation. L’Assemblée appelle à renforcer la participation des étudiant·es du département aux initiatives de la CRE, à aller à la rencontre des étudiant·es qui ne prennent pas encore part aux assemblées générales, notamment en première année de licence, et à rendre plus visibles les initiatives et les revendications du mouvement. Elle décide de constituer un groupe de travail consacré à la communication, chargé de diffuser les appels, de rendre compte des mobilisations et de contribuer à leur élargissement.
– Exprimer notre solidarité avec les victimes de l’attentat raciste de Trappes et combattre le racisme sous toutes ses formes. L’Assemblée exprime sa solidarité avec les victimes et leurs proches, et condamne les violences racistes, notamment négrophobes et islamophobes, qui trouvent un terrain favorable dans la banalisation des discours complotistes sur un « grand remplacement » ethnique et pavent la voie des idées réactionnaires. Dans le contexte de la mobilisation actuelle, elle refuse que ces violences soient instrumentalisées pour opposer les populations entre elles, détourner la colère sociale vers les populations immigrées et racisées ou justifier le durcissement sécuritaire et la répression du mouvement. Elle affirme au contraire que la lutte contre le racisme doit être partie intégrante de la mobilisation et que l’unité des lycéen·nes, étudiant·es et travailleur·ses mobilisé·es doit se construire contre toutes les formes de division et de stigmatisation.