CHERIF ZAHAR Farah, ALOMBERT Anne, Le problème de l’éternité du monde dans la philosophie grecque antique et arabe médiévale

Semestre 2
Mardi 9h-12h
Master ouvert Licence
 
CHERIF ZAHAR Farah, ALOMBERT Anne
Le problème de l’éternité du monde dans la philosophie grecque antique et arabe médiévale
 
Dans la dialectique transcendantale de la Critique de la Raison pure, Kant présente quatre antinomies, i.e. quatre grandes apories que la Raison, pouvant aussi bien prouver la thèse que l’antithèse, est incapable de trancher. L’aporie de l’éternité du monde est la première de ces antinomies. Dans ce cours, nous nous intéresserons à l’univers précritique, avant la démonstration de l’indécidabilité métaphysique de la question de l’éternité du monde, à une période où les philosophes et les théologiens considèrent qu’il est possible et même nécessaire de répondre à la question de savoir si le monde a un commencement dans le temps ou bien s’il a existé de toute éternité. Cette question fondamentale engage en effet non seulement la manière dont ils conçoivent le monde physique (le mouvement, le temps et l’infini) et sa nature (corruptible ou divin) mais aussi l’idée qu’ils se font de la nature de Dieu, de son action et de son rapport au monde. Elle s’est trouvée historiquement liée dès l’Antiquité tardive aux doctrines monothéistes de la Création.
Le cours comportera deux volets : (I) nous nous intéresserons d’abord aux origines antiques de la controverse, en revenant sur les textes grecs fondamentaux du débat (Platon, Timée et Critias ; Aristote, Du Ciel et Physique) avant de nous concentrer sur les arguments du débat qui oppose au VIe siècle le néoplatonicien athénien païen Simplicius, partisan de l’éternité, au néoplatonicien alexandrin Philopon, défenseur de la thèse chrétienne de la Création. (II) Nous nous pencherons ensuite sur la manière dont cette controverse antique s’est rejouée à la période médiévale dans le monde arabe, en particulier entre les théologiens rationnels (mutakallimūn) et les philosophes, en prenant pour fil directeur la réception des arguments de Philopon par les Arabes (reprise chez al-Kindī et les mutakallimūn ; critique et réfutation chez al-Fārābī, Avicenne et Averroès).
 
Indications bibliographiques :
J. Baudry, Le problème de l’origine et de l’éternité du monde dans la philosophie grecque de Platon à l’ère chrétienne, Paris, Les Belles Lettres, 1931.
H. A. Davidson, Proofs for Eternity, Creation and the Existence of God in Medieval Islamic and Jewish philosophy, Oxford University Press, New-York/Oxford, 1987.
R. Sorabji, Time, Creation and the Continuum, Londres, Duckworth, 1983, en particulier III. “Time and Creation” pp. 193-283.