BARRA-JOVER Mario. Problèmes de philosophie analytique. L’espace intersubjectif

2019-2020
Semestre 1
Mercredi 16h30-19h (mutualisé avec Sciences du Langage)
Licence, Master

BARRA-JOVER Mario
Problèmes de philosophie analytique
L’espace intersubjectif

La quête de l’objectivité est souvent affichée comme le but de toute recherche philosophique supposant qu’il y a des choses qui se passent « dans-le-monde-extérieur ». Et la difficulté de la tâche est attribuée à l’emprise d’un subjectif dont les limites ne seraient jamais claires. Des raisonnements sur la causalité (ou « causation »), sur le libre arbitre ou sur la normativité, entre autres, sont ainsi présentés comme des efforts visant à se libérer du subjectif pour découvrir le purement objectif.
Or, il y a lieu de supposer que l’objectivité est une construction sociale normative. Et que son contraste avec la subjectivité ne saura être compris que si nous acceptons l’existence d’un espace intersubjectif, celui des conventions tacites, non normatives, qui nous mettent d’accord sur le vrai et sur le faux indépendamment des jugements épistémiques. Ce sont les propriétés de cet espace que nous allons étudier dans ce séminaire.
Nous allons aborder le problème de la causalité et du libre arbitre à partir de l’hypothèse que la causalité s’exprime en trois espaces : le subjectif (où la première personne fait autorité), l’objectif (où les propositions normatives — scientifiques ou autres — font autorité) et l’intersubjectif (où ce sont les conventions spontanées qui produisent le consensus). C’est grâce à ce dernier espace que nous pourrons comprendre pourquoi l’idée de libre arbitre est tellement ancrée dans nos jugements malgré la presque impossibilité de prouver son existence objective sans tomber dans des contradictions.
En chemin, nous devrons stipuler la place qu’occupent dans ces espaces les règles inconscientes, les conventions tacites et les propositions normatives.
Bien que l’idée d’un espace intersubjectif ne fasse pas partie des standards de la philosophie analytique (à l’exception du dernier Davidson), nos outils conceptuels le sont. Nos raisonnements s’appuieront sur la différence entre la causation mentale et la causation physique, les contrefactuels et les mondes possibles.

Indications bibliographiques :

  • Beebee, Helen ; Hitchcock, Christopher ; Menzies, Peter (eds) (2009). The Oxford Handbook of Causation. Oxford : OUP.
  • Bouveresse, Jacques (1987), La force de la règle. Paris : Minuit.
  • Davidson, Donald (2001). Essays on Actions and Events. Oxford : Clarendon Press
  • Davidson, Donald (2001). Subjective, Intersubjective, Objective. Oxford : Clarendon Press. Kant, E. (1783/1993). Prolégomènes à toute métaphysique future. Paris : Vrin.
  • Hume, David (1748). An Enquiry Concerning Human Understanding, London.
  • Lewis, David (1969). Convention. A Philosophical Study. Oxford : Blackwell.
  • Lewis, David (1986). On the Plurality of Worlds. Oxford : Blackwell.
  • Mackie, J. L. (1977). Ethics : Inventing Right and Wrong. Penguin.
  • Mele, Alfred R. (2007). Free Will and Luck. OUP.
  • Wittgenstein, Ludwig (1931-34/1980), Grammaire Philosophique (Philosophische Grammatik), Paris : Gallimard.