SIBERTIN-BLANC Guillaume, Le savoir des rumeurs : entre crainte des masses et histoire politique de la vérité

Semestre 2
Mardi 12h-15h
Licence ouvert Master
 
SIBERTIN-BLANC Guillaume
Le savoir des rumeurs : entre crainte des masses et histoire politique de la vérité
 
Ce cours portera sur un quasi-objet – les rumeurs – au croisement de problèmes d’épistémologie des sciences sociales et historiques, et de questions de philosophie politique. On parcourra d’abord différentes entreprises de constitution de ce phénomène métamorphique et fuyant en objet de connaissance, depuis l’historiographie contre-révolutionnaire puis la « psychologie des foules » au tournant des XIXe siècle et XXe siècles, jusqu’aux medias studies et aux études des « technologies de l’oralité » (W. Ong), en passant par la sociologie urbaine, les sociologies de « l’opinion publique » et les sciences de la communication, l’anthropologie culturelle, la psychologie cognitive, la linguistique et la théorie du discours. Cette volonté de savoir contemporaine au sujet de la rumeur a été précédée depuis des siècles par d’autres attentions, civiles, politiques et judiciaires, qui intéressent la philosophie politique à plusieurs titres : du point de vue d’une généalogie des modes de « gouvernement par la vérité » (Foucault), dès lors qu’ils s’équipent de technologies de contrôle de la production, la circulation et la consommation des « nouvelles » ; du point de vue d’une histoire au long cours de la « crainte des masses », trouvant dans les rumeurs le ferment populaire de la sédition et de la révolte ; et du point de vue des « causes mineures » de la politique, pour qui interroge les ressources langagières et psychopolitiques dont disposent les groupes subalternes rejetés aux marges de l’ordre du discours et des figures du savoir qu’il autorise. Sous ces différents biais nous tenterons finalement de faire entrer la rumeur dans une histoire politique de la vérité, mais par une porte étroite, indésirable, sinon infâme : celle d’une oralité démocratique qui ne cesse de mettre en question ses territoires de référence au moyen d’agencements d’expression inextricablement médiatiques et fantasmatiques.
 
Indications bibliographiques :
Georges Lefebvre, La Grand peur de 1789 (1932), Paris, Armand Colin, 2014.
Edgar Morin et al, La Rumeur d’Orléans, Paris, Point-Seuil, 1969.
Marcel Détienne, « La rumeur, elle aussi, est une déesse », in Le Genre humain, n° 5, 1982/1983, p. 71-80.
Arlette Farge, Jacques Revel, Logiques de la foule. L’Affaire des enlèvements d’enfants, Paris 1750, Paris, Hachette, 1988.
Michel Balard et al., La Circulation des nouvelles au Moyen Âge, Publications de la Sorbonne, Paris, 1994 (en particulier le chapitre de Claude Gauvard).
Julien Bonhomme et Julien Bondaz, L’offrande de la mort, une rumeur au Sénégal, Paris, CNRS Editions, 2017.
Jean-Jacques Lecercle, De l’interpellation. Sujet, langue, idéologie, Paris, Amsterdam, 2019.