Séminaire de recherches transculturelles 2021-2022

Séminaire de recherches transculturelles
2021-2022
Dirigé par Bruno CANY et Jacques POULAIN

 

1er semestre

Salle A3-329 de la Maison de la recherche de Paris 8
Visioconférence :
https://meet.google.com/cpr-ariy-tan

15 septembre 2021 — Mounirou DIALLO : « Guelwaar de Sembène Ousmane : de l’image-récit (roman) à l’image-mouvement (cinéma) »
20 octobre 2021 — Valentin NORMAND : « L’esthétique chez Nietzsche au service de l’affirmation de la vie »
17 novembre 2021 — Amar FERNANDES-BENYAHIA : « La pensée tragique dans la lignée Empédocle-Hölderlin-Nietzsche »
15 décembre 2021 — Alberto GUALANDI
19 janvier 2021

 


 

 Mercredi 15 septembre 2021 de 12h à 15h
Mounirou DIALLO
« Guelwaar de Sembène Ousmane : de l’image-récit (roman) à l’image-mouvement (cinéma) »

On dit souvent que le romancier a toujours le meilleur « casting », puisqu’il n’a pas à composer avec des acteurs ; il ne perdrait ainsi rien de son image mentale en faisant agir ces personnages inventés. Que se passe-t-il alors lorsque ce même romancier décide de se faire cinéaste ? Plus sérieusement, comment passe-t-on de l’image romanesque à l’image cinématographique, ou inversement ? Mieux, quels écarts, quelles transmutations ou, tout au plus, quelles métamorphoses faut-il opérer pour qu’un artiste soit à la fois un redoutable créateur et un génie du montage ?
L’objectif de mon analyse est de monter que le film de Sembène est un poème qui fait voir une image mentale du romancier, en m’appuyant, d’une part, sur les analyses du Laocoon de Lessing et les travaux de Deleuze sur l’image cinématographique (L’image-mouvement, 1983), d’autre part. Ainsi regarder Guelwaar, c’est comme lire un poème, avec ses grappes d’images, qui nous fait voir les insolubles et tragiques problèmes de l’Afrique noire. Cette thèse s’appuie sur l’idée qu’il y a, chez Ousmane Sembène, une image-mouvement (le cinéma) – expression du génie de l’artiste qui se fait poète-cinéaste – et une image-récit (le roman) qui se complètent. Mais somme toute irréductibles. Il faut tout de même s’empresser de préciser que l’image-récit de Sembène n’est là que pour servir le poète-cinéaste. Cela veut dire que le roman de Sembène est un moyen qui a permis de révéler le destin d’un génie dans l’art du montage. Cette analyse cherchera au bout du compte à défendre ceci : Ousmane Sembène est celui qui voit le monde avec l’œil d’un artiste qui accomplit son génie dans le cinéma « en poussant son image-mouvement jusqu’à sa limite ».
Mots-clés : image-mouvement, image-récit, cinéma, film, scènes romanesques, Guelwaar, « poésie des images », poète-cinéaste, figure de pensée, projection, Afrique noire, dépendance, dignité humaine.
Support : Projection de quelques séquences du film (Guelwaar) pour illustrer l’exposé.

Mounirou Diallo est docteur en philosophie et enseignant-chercheur au Département de Philosophie de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLSH) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Ses recherchent portent essentiellement sur l’esthétique et la philosophie de la culture négro-africaines. Ses travaux interrogent le statut épistémique de la littérature négro-africaine et ses impacts sur la manière de philosopher en Afrique noire. Il est l’auteur de Le concept et le roman. Philosopher avec la littérature en Afrique noire, paru aux éditions Hermann, 2017.

 


 

Mercredi 20 octobre 2021 de 12h à 15h
Valentin NORMAND
« L’esthétique chez Nietzsche au service de l’affirmation de la vie »

Pour nous qui cherchons à établir la figure du philosophe-artiste, Nietzsche semble être une indispensable référence par son refus du discours proprement philosophique et la place centrale qu’occupe l’art dans sa philosophie. Mais son statut a changé de l’accord avec Schopenhauer et Wagner à propos d’un art consolant l’absurdité de l’existence humaine et expression de la Volonté, en passant par sa propre pratique poétique avec le Zarathoustra, jusqu’à cette déclaration finale de 1888 : « L’art, et rien que l’art ! ». Et c’est cette maxime que nous avons voulu expliquer en suivant les textes et notes de Nietzsche pour voir ces transformations de la question de l’art — et, plutôt que des contradictions ou un système caché, nous avons plutôt constaté un déplacement de l’art relativement au long raisonnement qu’est la philosophie nietzschéenne, à ce chemin plein d’embûches, de phases et de strates. Nietzsche veut répondre au problème de Schopenhauer, celui de la valeur de la vie, et c’est en passant par une anthropologie toute particulière qu’il parvient à cette affirmation de l’art-rédemption. Si donc notre démarche a été de tenter de comprendre cette place finale de l’art — en quoi l’art est la seule force qui rend possible la vie ? — il convient que notre problème soit le même que celui de Nietzsche — comment échapper à l’évaluation pessimiste du monde ? C’est donc ce raisonnement en son intégralité que nous présenterons.

 

 
 
Mercredi 17 novembre 2021 de 12h à 15h
Amar FERNANDES-BENYAHIA
« La pensée tragique dans la lignée Empédocle-Hölderlin-Nietzsche »
 
Comment lit-on la pensée tragique ? La conceptualisation du tragique viendra réellement avec Hölderlin quand il s’approprie cette question non plus selon son acception poétique, mais bel et bien en tant que forme philosophique. Si l’on suit sa réflexion, à la question qu’est-ce que le tragique, on notera qu’il est une façon d’être au monde de manière spéculative, c’est-à-dire intégrer les formes d’expressions de « l’État » par l’ensemble des citoyens, le chœur dans la tragédie. Mais la tragédie n’est pas la vérité philosophique, elle illustre le propos philosophique d’une sagesse tragique. L’union des contraires, de la poésie et de la sagesse, voilà ce qui plut tant à Empédocle, Hölderlin et Nietzsche : le philosophe tragique, ou la vie héroïque d’un être métaphysique transcendant la mort, entre mythe et science. Je est un autre, entre la naissance et la mort, la pensée tragique représente l’individu conscient de lui-même dans sa totalité, même s’il doit être vu sur une scène de théâtre. Un personnage tragique n’est-il pas destiné à exister dans la diversité des peuples, de leurs moments historiques concrets, autrement dit dans l’Histoire ? Pour ces poètes et amis de la sagesse tragique, il s’agissait de traduire le monde du symbole, de la parabole, ou de l’allégorie en une nouvelle langue. »
 
Amar Fernandes-Benyahia est doctorant en philosophe à l’université de Paris VIII, il s’intéresse aux conditions de naissance de l’esprit, dans son devenir et son concept.

 


 

Inscription à la lettre d’information du séminaire :
bernd.lehfeld@hotmail.fr