FALQUET Jules, Penser les économies contemporaines de la violence dans une perspective intersectionnelle et décoloniale : phénoménologie et généalogie

Semestre 2
Mardi 15h-18h
Licence ouvert Master
 
FALQUET Jules
Penser les économies contemporaines de la violence dans une perspective intersectionnelle et décoloniale : phénoménologie et généalogie
 
Reprenant à Marx puis à Rosa Luxembourg l’idée que la violence joue un rôle moteur dans l’avènement du capitalisme, et en s’appuyant sur les analyses du féminisme et sur les perspectives décoloniales d’Abya Yala, ce séminaire vise à penser la violence comme instrument central pour la mise en place du système-monde capitaliste-occidental contemporain. Il s’agira d’abord de montrer comment la violence permet de maintenir ou de renforcer injustices et inégalités, mais aussi de produire la différenciation-minorisation, tant idéelle que matérielle, de groupes sociaux entiers, sous forme de sexe, classe et race rendues exploitables et/ou appropriables. Dans un deuxième temps, on adoptera une perspective historique pour mieux saisir les transformations contemporaines de la violence qui débouchent sur l’actuelle « Pax Neoliberalia ». Il s’agira de prendre conscience des liens historiques entre différentes phases de colonisation et différents génocides, à partir de 1492. On analysera comment la violence extrême ou quotidienne ont permis la « domestication » des colonisé-e-s et des femmes, en s’appuyant notamment sur le travail de Silvia Federici ou celui d’Aura Cumes. Un troisième moment permettra de questionner la réorganisation néolibérale de la violence, autour des concepts de « guerre de basse intensité », de complexe militaro-industriel et de la paire fatale des « hommes en armes et des femmes de services ». Les transformations du Mexique contemporain, marqué par les féminicides de Ciudad Juárez, le développement exponentiel du narco trafic et une véritable guerre interne qui ne dit pas son nom, analysées notamment par la philosophe Sayak Valencia, permettront d’ancrer la réflexion sur l’émergence d’un véritable continuum de la violence publique et privée, étatique, paraétatique et « amateure », en soulignant l’importance centrale de la matrice des violences de genre. Enfin, on soulignera les alternatives collectives qui ont pu être opposées à cette violence, notamment autour des différentes Internationales, l’Internationale de l’espoir, proposée justement au Mexique par le mouvement zapatiste, étant le plus récente à ce jour.
 

Indications bibliographiques :

  • Chamayou, Grégoire, 2013, La théorie du drone. Paris : La Fabrique.
  • Cumes, Aura, 2014, "La "india" como "sirvienta" : servidumbre doméstica, colonialismo y patriarcado en Guatemala", Tesis para optar al grado de doctora en antropología, CIESAS, Mexico, 286 p.
  • Falquet, Jules, 2016, Pax Neoliberalia. Perspectives féministes sur (la réorganisation de) la violence. Paris : Editions iXe. 192 p.
  • Federici, Silvia, (2014 [2004]). Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive. Marseille, Senonevero ; Geneva & Paris, Entremonde.
  • Lazali, Karima, 2018, Le trauma colonial ; Une enquête sur les effets psychiques et politiques contemporains de l’oppression coloniale en Algérie. Paris : La Découverte.
  • Martín Baro, Ignacio (dir.). 1990. Psicología social de la guerra : trauma y terapia. San Salvador, UCA.
  • Luxembourg, Rosa, 1915, La crise de la social-démocratie (brochure de Junius) https://www.marxists.org/francais/luxembur/junius/index.html
  • Valencia, Sayak, 2010. Capitalismo gore. Madrid : Melusina.