Cycle de rencontres. Walter Benjamin et l’histoire. Oct.-Nov. 2021

Cycle de trois rencontres autour de Walter Benjamin en octobre-novembre 2021, dans le cadre de L’Archive entre Poétique, Politique et Histoire et du préprojet PICT Walter Benjamin (Buenos Aires).

Chercheur Responsable : Francisco Naishtat (Professeur de l’UBA et Attaché à titre principal du LLCP).

Walter Benjamin et l’histoire. Comment le matérialisme anthropologique benjaminien renouvelle et élargit le matérialisme historique. Le passage de l’anthropologie de la première heure au matérialisme anthropologique tardif (1929) à la lumière d’une théorie du non-humain [Unmensch]. Une perspective benjaminienne pour repenser l’humanisme, le sujet et la politique.

Dates et horaires : Octobre-Novembre 2021 (Information détaillée à venir)
Lieu : Maison de la Recherche de l’Université Paris 8

Ce cycle de rencontres est ouvert aux Master, Doctorat, et Auditeur·trice·s libres.
Contact Information : walterbenjamin2021@gmail.com

 

RÉSUMÉ

Le dit matérialisme anthropologique de Benjamin non seulement renouvelle dès 1929 son anthropologie, mais pose à nouveaux frais son matérialisme historique en permettant de reformuler sa compréhension de l’histoire, du lieu de Marx, Freud et d’une pensée politique de l’histoire. Il s’agira donc de consteller l’émergence du matérialisme anthropologique dans la pensée de Walter Benjamin (1929) et son ébauche d’une théorie du non-humain [Unmensch]. Bien que nous observions une dissimilitude littérale entre le pôle de l’anthropologie et le pôle du non-humain, nous tenterons de dégager à travers notre lecture du corpus benjaminien un champ productif dans cette polarité qui illumine de manière nouvelle la compréhension de ces deux problématiques. Même s’il s’est ouvert au cours des dernières années un champ de débat sur le matérialisme anthropologique (Wohlfarth, 2016 ; Berdet, 2013a, 2013b, 2014 ; Khatib, 2014, 2017 ; Löwy, 2013) et sur l’anthropologie du jeune Benjamin (Duttlinger, Morgan et Phelan, 2012 ; Weigel, 2005, 2013 ; Hanssen, 2000), ces débats n’ont pas été mis en relation avec sa conception spécifique et programmatique du non-humain au début des années 30. Par ailleurs, les approches existantes relatives au non-humain se sont limitées à la facette négative et destructive de ce concept (Hanssen, 2000 ; Galende, 2009 ; Andersson, 2014), désactivant son potentiel anthropologique et politique qui aurait permis d’éclairer sa proposition d’un humanisme réel [realer Humanismus] en confrontation avec un humanisme de formation [Bildungshumanismus]. Pour nous il s’agit donc de mettre en évidence la positivité du non-humain (Unmensch), que nous refuserons de traduire comme « le Monstre » ou « l’Inhumain », en tant qu’un apport pour une anthropologie qui, en rupture avec la conception héritée de l’exceptionnalité humaine, s’exprime dans la dimension créaturale de l’humain liée à : (1) la conception élargie du langage ; (2) un entrelacs renouvelé entre nature et histoire ; (3) un agencement (Deleuze, 1980 : 10) des relations entre technique et humanité ; (4) et une redéfinition des liens entre les mondes organiques et inorganiques. En ce sens, il est possible d’aborder le passage chez Benjamin de l’anthropologie métaphysique au matérialisme anthropologique comme un horizon politique d’agencement avec le non-humain, pour inscrire la praxis révolutionnaire dans une relation non instrumentalisée qui réponde au regard de la nature, des choses et des ruines modernes. En synthèse, il s’agit de reconstruire chez Benjamin une double médianité entre l’anthropologique et le non humain, qui révèle son matérialisme dans un des pôles (l’anthropologique) pour réaliser dans l’autre pôle (le créaturel) une rédemption, permettant d’affirmer le non-humain au-delà de son caractère de négation destructive, tout en déplaçant l’anthropologique à partir de la figure de l’exceptionnalité humaine vers celle de l’agencement avec le non-humain.

Notre objectif d’élever l’anthropologie au premier rang à travers une relecture du non-humain non seulement nous paraît offrir un apport significatif à l’exégétique du corpus benjaminien, mais nous permet de projeter un dialogue fluide entre ces thèmes de son œuvre et certaines problématiques du présent qui débordent la lecture du corpus proprement dit, nous permettant d’intervenir dans des débats contemporains autour de :

(1) La question de l’humanisme dans la philosophie et dans la culture contemporaine ;

(2) La crise du sujet sur un plan ontologique, épistémologique et historico-politique ;

(3) La reconfiguration de subjectivités et de subjectivations subalternisées en prenant en compte les formes du politique et de ses luttes en Amérique latine et en Europe.

En synthèse, nous croyons qu’une reconstruction critique de l’anthropologie et du matérialisme anthropologique benjaminiens, à la lumière de sa théorie du non-humain (Unmensch), place sa pensée dans le radar de discussions philosophiques et politiques importantes dans et pour notre actualité.

 

RÉFÉRENCES

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