LECERF ÉRIC, Le conte, régime singulier d’utopie

2020-2021 — Semestre 1
Jeudi 15h-18h
Licence ouvert Master

LECERF ÉRIC
Le conte, régime singulier d’utopie

Le conte a occupé dans notre histoire culturelle une fonction décisive, au même titre que les textes religieux ou les traités de métaphysique. Distinct du mythe, il tend à créer de toutes pièces un monde qui est comme une réplique épurée du milieu dans lequel il est donné, tant dans ses formes orales que sous ce régime de traduction écrite qui a marqué un tournant déterminant dans la constitution du récit occidental, même lorsqu’il s’est employé à produire une figure de son ailleurs (comme c’est le cas avec la « traduction » des Mille et une nuits par Antoine Galland dans les premières années du 18ème siècle). Le conte invente certes pour lui-même son jeu de causalité, – ce qui est le propre de la fiction – mais la logique sous laquelle il l’instruit n’en demeure pas moins ancrée dans ce qui constitue l’immanence du réel. Sa participation à l’histoire n’en est que plus forte :
– Le sujet comme foyer de relations à l’heure de la grande peste (Boccaccio)
– Refonte du rapport entre religieux et profane en amont de la Réforme (Chaucer)
– Invention d’une tradition linguistique populaire en réponse à la Révolution (Grimm)
– Visée anthropologique du fait national à l’heure de son expansion (Afanassiev)
Nous présenterons les enjeux propres à l’analyse du conte, notamment par l’étude qu’en a proposée Vladimir Propp qui a joué un rôle décisif dans l’établissement des fondements épistémologiques du structuralisme. Nous évoquerons quelle lecture du conte ont pu proposer des philosophes comme W. Benjamin, E. Bloch ou G. Anders.